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1. Piazza di a Ghjesgia è Taranchedda. — GRANACCIA. — Forcunceddu / 2023
Carte postale, exemplaire unique, encadrement 18 x 24cm.
Impression laser 10 x 15 cm sur papier G-print 300 grammes.
Première carte postale du village de Granaccia, exemplaire unique.


  1. Granaccia fait partie des 29 villages corses qui n’ont pas eu de cartes postales les représentant. Face à ce manque, en tant qu'habitant, je la crée.
  2. Le support de la carte nous mène à une certaine histoire de la photographie “ insulaire ” depuis la Corse : le procédé photographique est arrivé aux yeux de la population par a cartulina, la carte postale. Dès 1890 Laurent Cardinali, Joseph Moretti, Jean-Victor Porro entre autres, puis au début du xxe siècle François-Jean Limongi, José-René Filippi, Ange Tomasi, etc., arpenteront le territoire en vue de produire un fond destiné principalement à la diaspora nostalgique ayant quitté l'île pour fuir la misère paysanne. Cette pratique circulatoire de l’image a trouvé un nouveau souffle à partir des premiers jours de congés dès 1936 pour la promotion de la Corse en destination touristique, puis une destination d’investissement immobilier à partir des années 1960 durant les Trente Glorieuses avec le retour des Pieds Noirs rapatriés cherchant de nouvelles terres.
  3. Ainsi, portée par la littérature francophone et anglaise, la carte postale a permis de former deux imaginaires depuis la Corse :
    - Un imaginaire-interne (insulaire) par un processus de documentation massif formant une mémoire imagée des espaces ruraux, des pratiques agro-pastorales et artisanales. Mais ces images resteront rarement postalisées au profit d'images plus attractives, amenant souvent ces fonds à n'exister que sous forme d'archives privées, sans visibilité ;
    - Un imaginaire-externe (continental) par la formation d’une typologie d’images destinée à la diaspora, aux touristes et aux néo-arrivant.e.s, porté par l’accompagnement littéraire depuis le XVIIIe siècle.
  4. Ce deuxième imaginaire, exotisant voire colonial, nous ramène à une certaine histoire “ continentale ” de la photographie qui accompagnait une volonté civilisationnelle, une tentative de contrôle des territoires par le contrôle de leur image. Par la carte postale, il ne s’agissait plus seulement d’amener à soi un territoire, mais d’emmener vers ce territoire, de le tenir à portée.
  5. Alors par cette première exposition postale de mon village réalisé pour un habitant, il s’agissait de reprendre le contrôle de l’image en proposant cette carte en exemplaire unique et non envoyé,  donc en latence de sa condition de postalité, visible exclusivement dans le cadre institutionnel de l'espace d'exposition, déplaçant le dispositif voyeuriste de l'image.

Les villages d’Aghjone, Azzana, Bilia, Campi, Cardu-Torghja, Chisà, Foce-Bilzese, Ghjunchetu, Grossa, Lanu, Mansu, Mazzola, Monaccia d'Audde, Monaccia d'Orezza, Montegrossu, Olcani, Pastricciola, Penta, Acquatella, Piazzale, Rezza, Sampolu, San Damianu, Sarra di Farru, Sarra di Fiumorbu, Scata, Scolca, Tarranu, Vallecale n’ont également pas de reproduction postale.




︎︎︎ENSP Arles, diplôme promotion 2025 ©Grégoire d’Ablon

Mark


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