Infurmazioni —
a grana è u scoddu
- Partant du village de Granaccia, mon travail de recherche et de création s’ancre sur le territoire corse. Il s'inspire à la fois de son principe insulaire, de son histoire mondiale et de ses conceptions du sacré notamment à travers le mazzerisme, une forme de chamanisme corse où mort.e.s et vivant.e.s coexistent et communiquent. Dans mon travail, ces caractéristiques dialoguent dans le lien entre image et insularité, qui se définit à travers l’épreuve de la résistance. Mais si je pars de la photographie, ce qui m’anime est bien la formation des réseaux de pouvoirs qui opèrent dans l’image et la tentative de leur déconstruction. L’insularité devient alors un espace focalisant où, loin d'un certain imaginaire extérieur de l'île, resurgit la question du récit.
- Porté par la conceptualisation photographique, j’étudie son héritage et ses effectivités : des intensifications magico-religieuses jusqu’à la structuration d’un dispositif de contrôle, de fichage et de surveillance. Ainsi de cette image occidentale chargée de spectres, mes recherches s’attardent sur le concept de latence pour faire advenir de nouveaux modes de résistance, jouant des opérations de voilement et de dévoilement, à la recherche de nouveau récits et de leur préservation. Inspiré de l’esthétique relationnel et particulièrement attentif à la langue corse, l'espace artistique devient le champ pour que se fasse la transmission initiatique de l’expérience, renouant avec le conte.
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Créer en Corse, c’est analyser l’insularité, l’imaginaire et l’imagement. Dans l’héritage de puissance entre vision magique et langage opératoire, dans une tradition de la création sacrée basée sur l’effectivité miraculeuse, des pratiques rituelles issues du culte des morts et du chamanisme. De cette terre de mazzeri (chamanes) et de cristaghji (façonneurs de Christ) qui attribue à l’image une valeur d’intercession, communicante, douée de vertus, définir l’artiste dans la position du néo-conteur face à une pensée de la pauvreté. De tout cela, c’est bien la construction de la mémoire et du sacré qu’il s’agit de questionner et de négocier. Et face à la surabondance de la donnée, nous dépouiller pour renouer avec l’expérience et le récit. Depuis cette pratique artistique du prélèvement, il nous est nécessaire de revenir vers la pierre d’angle, vers’u Scoddu, pour à chaque fois interroger ce qui nous éduque, nous élève, ce qui fait commun ; et ce qui nous porte à la résistance.
- C’est ainsi en jouant sur ces registres de latence, inspiré des considérations de matérialité de l'image et du sacré, que s’opère une résistance menant au récit. L'image devient alors intercession pour proposer de nouveaux modes de reconstruction du récit et de réparation du monde dans l'espace artistique, tout en limitant la création renouvelée d'objets.

“La langue des Grecs nomme ce don de liberté qui seul accorde tout ce qui est ouvert l’a-λήθεια, l’être à découvert. Elle n’écarte pas l’être à couvert. Cela se produit si peu que la mise à découvert a sans cesse besoin de la mise à couvert.”
Martin HEIDEGGER, Conférence d’Athènes, 1967
Martin HEIDEGGER, Conférence d’Athènes, 1967
“Tout comme à l'intérieur de l'homme, au moment où la vie touche à sa fin, une série d'images est mise en mouvement — qui consiste en des visions de sa propre personne où il s rencontre lui-même, sans même en prendre conscience —, de même surgit d'un coup dans ses expressions et ses regards l'inoubliable et communique à tout ce qui le concerne l'autorité que même le plus pauvre des brigands possède au moment de mourir aux yeux des vivants qui l'entourent. À l'origine de ce qui est raconté, se trouve l'autorité.”
Walter BENJAMIN, Le conteur, 1936, issu de Expérience et Pauvreté, suivi de Le conteur et La tâche du traducteur, Payot, 1999
“Ch'eddu si sprufondi u Tempiu è un ferma cà a petra a più suttana.”
GHJASTEMA
GHJASTEMA
Après un parcours universitaire à l’Università di Corsica, à l’Université de Nîmes et l’Université Paris 8 | Vincenne - Saint-Denis, je suis diplômé de l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles en juin 2025, et actuellement en préparation de thèse en Recherche et Création.
Je suis membre d’U SCODDU, collectif travaillant la valorisation du patrimoine du Sartenais et de la Rocca. Il se compose de sartenais.e.s travaillant l’architecture, l’anthropologie et l’art, attentif.ve.s à la question du vernaculaire et du paysage bâti, questionnant la construction de la mémoire et la transmission du récit.
