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BAN / 2025
Ensemble de 22 planches encadrées, 30 x 40 cm, images aériennes issues de la base de donnée BAN (Base Adresse Nationale), 1962-2011
Fondation Manuel Rivera-Ortiz ©Bianca Montrasi


  1. Si mon travail se focalisait sur la mise à l'abri de l'exposition de mon village, Granaccia n’a pas échappé à une visibilisation photographique. Cette visibilisation cette fois est venue le ciel voir l'espace, nous ramenant à une autre histoire de la photographie : une histoire aérienne qui s'actualisera tant dans une stratégie de développement que de surveillance. 
  2. Si la vue aérienne permettait à la fois la création d'un observatoire documentaire et une cartographie urbanistique du territoire, un nouvel enjeu de contrôle de l’exposition se met en place : celle de la surveillance. Ainsi se veut cette production d'une archive du village non-consentie menée par le Gouvernement alors même que naissent les mouvements séparatistes, ; vues utilisées par le Ministère de l’Intérieur et le Ministère de la Transition Écologique et de la Cohésion des Territoires. 
  3. Alors, témoignant de ces vues, je mets en avant l’intérêt politique de ces images avec le nom des missions, la date, le procédé photographique, etc, remettant en exposition également cet infratexte, en confrontation à mes propres images et écrits face à une spéculation immobilière inédite qui transforme les structures des villages.
  4. Et, plus proche d'une ontologie de l'image, une nouvelle interrogation sur le monde se pose depuis sa capacité à être tout à la fois reproductible et recomposé totalement par l'accumulation d’images, chaque point du monde devenant une donnée géolocalisable que l’on peut visualiser en un instant grâce à Google Earth. Ainsi le monde existant est reproduit en mondes-spectraux par des images tentant sa recomposition la plus totale. Alors, dans une certaine écologie de nos images, pourquoi proposer de nouvelles images face à un monde déjà en surcharge d'objets le représentant ? 
  5. Si l’image ne nous a jamais paru autant accessible depuis l'outillage et la circulation numérique, c’est pourtant le réel qui semble se placer à distance de nous. Par l’exposition, nous avons perdu l’expérience, par la saisie nous avons perdu le déplacement. 
  6. Pourtant, depuis ces vues satellites, il existe de ces espaces qui résistent encore à l'image : quelques routes de  villages qui ne présentent pas encore leur équivalent virtuel sur Google Street View créant une dissonance spatiale par des espaces virtuellement vides, troués, en friche de l’image : inhabitables. 
  7. Mais aussi, et surtout, ce maquis, qui, abondant, devient lui-même un lieu de résistance, encore une fois, à la surveillance, aux entreprises technofascites, à la visibilisation ; ce dernier espace non conquis car non imageable, privant toute circulation réelle et virtuelle, toute exposition.
  8. Ce sont ces ensembles de résistances qui nous font renouer avec l’expérience de la rencontre, avec le face à face, où nous devenons premiers regardeur.se.s mutuelles, où nous sommes à égalité face au monde.




Mark


PER CORPO RIBELLE LASCIAI IL MIO DIO OR PIANGI CUOR MIO LA TUA CECITÀ.