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BAN / 2025
Ensemble de 22 planches encadrées, 30 x 40 cm
Images aériennes issues de la base de donnée BAN (Base Adresse Nationale), 1962-2011



Le village de Granaccia n’a pas échappé à une certaine visibilisation photographique, celle qui se fait alors depuis le ciel, nous ramenant à une autre histoire de la photographie, cette fois-ci aérienne, ici dans une stratégie autant de développement que de surveillance. Permettant à la fois l’accumulation documentaire (les observatoires photographique du paysage) et la cartographie urbanistique du territoire, un nouvel enjeux de l’exposition programmée se met en place, celui du contrôle Et finalement, une archive du village, non-consentie, menée par le gouvernement français, existait déjà, par la surveillance, et cette archive perdure, utilisée par le Ministère de l’Intérieur et le Ministère de la Transition Écologique et de la Cohésion des Territoires (avec également l’IGN, la DGFIP, Etalab, et l’ANCT). Je remets en avant l’intérêt politique de ces images avec le nom des missions, la date, le procédé photographie, etc, les remettant en exposition, en confrontation à mes propres images, face aujourd’hui à une spéculation immobilière inédite qui transforme les structures des villages. 

Alors, une nouvelle interrogation sur le monde se pose depuis sa capacité à être tout à la fois reproductible et recomposé par l'accumulation d’images, chaque point du monde devenant une donnée géolocalisable que l’on peut visualiser en un instant grâce à Google Earth. Mais si le monde possède déjà une image qui se veut la plus complète possible, jusqu’à la saturation, dont la circulation dépasse notre entendement, pourquoi proposer de nouvelles images ? Car si l’image ne nous a jamais paru aussi accessible, c’est pourtant le réel qui viendrait se placer à distance de nous. Par l’exposition, nous avons perdu l’expérience. Pourtant, il existe de ces espaces qui résistent encore et toujours à l’envahissement : quelques routes de  villages qui ne présentent pas encore leur équivalent virtuel sur Google Street View, faute d’images qui ne parviennent à créer une réelle continuité spatiale, restant des espaces virtuellement vides, troués, en friche de l’image. Mais aussi, et surtout, ce maquis, qui, abondant, devient lui-même un lieu de résistance à la visibilisation, dernier espace non conquis, non imageable, privant toute circulation, toute exposition. Ces ensemble de résistance nous renouent avec l’expérience de la rencontre, celle du face à face, où nous devenons premiers regardeurs.
Mark


PER CORPO RIBELLE LASCIAI IL MIO DIO OR PIANGI CUOR MIO LA TUA CECITÀ.