
Orazione / 2023
Ensemble de 100 plans films 4x5 inches latents, 100 châssis en fer blanc suspendu, 15,1 x 10,8 x 1 cm, 83 grammes par boîtes, carton postal avec l’adresse de l’artiste, envoyé. 3 voilements opérés.
- Si le village de Granaccia n’avait jamais eu sa carte postale avant 2023, il n’échappera pas à l'exode rural des années 1970 ni à la spéculation immobilière venu d’investissements extérieurs à l’île. Comme de nombreux village, un très grand nombre de constructions récentes sera destinée à la résidence secondaire de ses propriétaires amenant un nombre massif de plasticage depuis les années 1960. Alors approfondissant le geste de la carte postale latente, je décide cette fois de proposer un refus de la circulation d’images.
- Me tournant vers cette fois vers une tradition des images magico-religieuses, j'utilise le principe de l’orazione : il s'agit de scapulaires protecteurs contenant une image dissimulée, utilisés dans la culture pastorale corse. L'orazione était destinée à protéger le.a porteur.euse animal ou humain, et était réalisé durant la célébration de Saint Antoine de Padoue. Quiconque ouvrait le contenant (une corne, une bourse, une plaque de métal, etc.) afin de découvrir le contenu (une image, un objet béni, une prière, un charbon, …) maudissait l’être protégé, inversant donc le principe initial de protection. Son invisibilité était donc nécessaire à sa condition de protection.
- Reprenant le dispositif, je produits alors une résistance à l’image en enfermant des plans-films 4x5 inches latents (donc non-développés) contenants des vues du village de Granaccia. Ces plans-films, d’un format quasi identique à celui de la carte postale, sont conservés à l’abri de la lumière dans des châssis en fer-blanc, conservés dans le film plastique et dans le carton postal de leur usinage, utilisés pour leur circulation lors des expositions de la pièce. Et ainsi se forme une réponse direct à la carte postale, jusqu'à reprendre sa circulation.
- Ainsi, depuis l'espace de l’art, je valorise ces glissement de croyances, interrogeant les registres d’intensité qu’a acquis l’image en même temps que commençait à disparaître les rites magico-religieux. Intensité qui survivra dans l’image sous de multiples variables sous le nom d’aura.
- Alors, comme pour la carte, loin de faire une visibilité circulante du village de Granaccia, je produits une mémoire fermentée, à l’abri du regard et de la lumière qui agit comme une protection à cet historique du contrôle. Cependant, cet ensemble est sujet à un potentiel de destruction notable par le.a spectateurice : c'est ainsi que l'œuvre fut sujette à des voilements durant ses multiples expositions par des personnes tentées de voir les images réalisées. Ainsi la responsabilité à la fois de l'auteur.ice et du spectateur.ice est mise en avant.
“[…] Le jour de la célébration di Sant’Antone di e Chjarasgie (Saint Antoine de Padoue), les bergers suspendaient ce bout de corne au cou d’une chèvre, d’une brebis ou d’un castratu (bête castrée). L’orazione, qui était confiée au curé chargé d’y placer un objet bénit, devait rester quelques jours dans l’église à côté de la statue du saint patron de la paroisse avant d’être rendu à son propriétaire. […] Si le berger cherchait à savoir ce qu’il y avait à l’intérieur, non seulement l’amulette perdait son pouvoir de protection mais elle attirait aussi le malheur sur le troupeau. Il fallait que le contenu reste secret pour que l’orazione garde son pouvoir de protection contre le tonnerre, les éclairs ou le renard !”
Pierre-Jean LUCCIONI et Philippe WALTER
“C'est sans doute du mot “bref” (en corse, “breve, brevu, brivu” ) que tire son nom le “Breve”, sorte de scapulaire que l'on porte autour du cou et que l'on coud après y avoir enfermé divers objets et notamment le texte d'une prière. Le chanoine Casanova appelle ce scapulaire “orazione”, d'autres le désignent sous le nom d' “ abitinu ”. D'autres encore sous celui d' “inghjermatura” […].”
Roccu MULTEDO
Pierre-Jean LUCCIONI et Philippe WALTER
“C'est sans doute du mot “bref” (en corse, “breve, brevu, brivu” ) que tire son nom le “Breve”, sorte de scapulaire que l'on porte autour du cou et que l'on coud après y avoir enfermé divers objets et notamment le texte d'une prière. Le chanoine Casanova appelle ce scapulaire “orazione”, d'autres le désignent sous le nom d' “ abitinu ”. D'autres encore sous celui d' “inghjermatura” […].”
Roccu MULTEDO

︎︎︎Centre Photographique de Lectoure, “Punti di Vista”, 2024
︎︎︎ENSP Arles, diplôme promotion 2025 ©Grégoire d’Ablon