
︎︎︎ENSP Arles, diplôme promotion 2025 ©Grégoire d’Ablon
Vidéos sur télévision cathodiques et socles, distance constante de 20 cm entre chaque écran de téléviseur.
Archives filmées du village de Granaccia, entre 1960 et 1970, réalisées par la famille Leandri.
- Si l'image occidentale focalise une exigence mémorielle aussi forte, c'est qu'elle porte dans sa conception théologico-magique la charge de la volonté résurrectionnelle des corps par la préservation d'une puissance incarnatoire, construction liée à notre conception chrétienne de l'icône et de l'imago latine.
- Cette économie trinitaire de l'image a grandement porté la photographie, devenu un support archival dès son invention par son caractère acheiropoïète, valorisation tant scientifique que magique. Ainsi, elle sera souvent comparé aux suaires chrétiens amenant une perception spectrale de ses épreuves voire une certaine méfiance quant à l'épuisement de l'essence des corps. Cela mènera à un nouveau paradigme de l'image dite “ technique ” devenu un outil où le monde se représenterait de lui-même, mais aussi un nouveau paradigme de notre construction de la mémoire et des principes de survivance des êtres, dont le cinéma arrivera pourtant à se dépouiller jusqu'aux pratiquants.es / théoricien.ennes du cinéma monté inspirés.ées de la destruction des documents de la Shoah et des autres régimes génocidaires contemporains ou d'apartheid.
- Revenant à mon village face à une nécessité de l'image malgré tout, face à ces vidéos super 8 numérisées, je constate le paradoxe de cette archive : rien n'opère et l'image se perd, se détruit, et ne reste que l'appel des mots qui tentent de la sauver. Cette projection dans ma famille se charge d'une angoisse face à mon silence : malgré ce flots d’images, moi-même, de mon village, je ne reconnais plus que quelques visages tout au plus. Il ne reste alors dans cette installation, dans cette anticipation de l'oubli, dans ce face à face angoissant, la possibilité d'une rencontre à la fois spectrale et spéculative dont le.a spectateur.ice est témoin, un spectacle de la perte, et la réclamation des morts de leur fin possible.
- Ainsi s’accomplit la fatalité de l’archive face à sa résolution impossible, mais dont pourtant on emplit le monde de son angoisse, de sa spectralité. Le support devient à son tour un espace de perdition de l’archive jusqu'à l’instabilité, dû à l’obsolescence technique des téléviseurs cathodiques, où la perte devient plastique. La latence ne produit pas des œuvres, mais des possibilités d’œuvrement, rompant avec une certaine autorité et actorialité, et tous les écarts qui se forment, dans le tremblement, dans les possibilités de variabilités et d’écarts à ce qui est attendu.
- Le jour où le support cathodique crash, la projection cesse également. Ce fut le cas durant l'exposition, ne laissant que le grésillement des téléviseurs encore allumés tandis que l'un des écrans était désormais incapable de fournir son image. Laissant un écran noir face à une image colorée en mouvement, il ne reste alors que les mots.
︎︎︎ENSP Arles, 2025