Photographies et installations
Depuis 2021
Le granite, matière première de l’architecture vernaculaire de l’Alta Rocca, est placé au centre de cette recherche, qui, par sa nature radioactive est un moyen d’interroger les flux de l’insularité.
Le projet Lucciole trouve son point de départ dans la légende d’A Spusata. Cette légende nous raconte l’histoire d’une fille miséreuse se mariant à un noble prince, et, ingrate, elle sera pétrifiée par sa mère suite au “ vol ” du racloir à pétrin maternel pour sa dote après l'avoir dépouillée au préalable de tous ses biens. Cette pétrifcation signerait la fin de la transmission du récit et de la technique à travers le symbole de la préparation du pain devenu impossible. Ce mythe prétrificateur, très largement répandu dans l’imaginaire topographique corse avec de multiples variantes, expliquerait la formation rocheuse près de Vicu ou de Foce Bilzese : l’épouse et sa suite, venus récupérer le pétrin ou le racloir, devenus montagnes. Ainsi le granite, matériau principale de l’architecture vernaculaire de l’Alta Rocca, est placé au centre de cette recherche, jusqu’à se prolonger vers d’autres substances minérales. Le granite qui, par sa nature radioactive et toute à la fois friable, est également un moyen d’interroger les flux et la persistance, notions touchant autant au récit et à la mémoire : au “souffle”. Le prétexte granitique permet de nous arrêter sur ces lieux et modes de vie , sur ces espaces de passages et de transmission, ces espaces de flux et d’arrêts, sur ces espaces sensibles ou devenus sensibles qui accueillent nos paroles, nos mémoires, nos imaginaires. Et ainsi est questionnée la modification à la fois de l’architecture et de nos espaces urbains — illustrée par la disparition du granite dans notre construction vernaculaire — et à la fois les modifications de notre imaginaire commun à travers la modification du paysage.
