TUTTU    WIP   RICERCA    U SCODDU

Les deux avions

WIP
Projet à venir
Studiolo autour des accidents de la Caravelle d’Ajaccio-Nice en 1968 et du DC-9 YU ANA en 1981.

Ce projet reprend les codes de l’enquête documentaire autour des crashs de la Caravelle d’Ajaccio-Nice en 1968 et du DC-9 YU ANA en 1981, et trouve sa forme à l’intérieur d’un Studiolo à l’italienne. Mais, plutôt qu’une seule investigation autour de l’avènement de ces accidents, il s’agit d’interroger la création et la survivance de la mémoire depuis notre île. Car ce qui retient mon attention est cette certitude : ces deux avions ont fait face aux symptômes de l’insularité. Porté à la fois par l’histoire des mouvements indépendantistes corses que les mouvements internationaux, ce projet me permet de penser de manière critique le positionnement de l’artiste corse dans notre actualité, inspiré de la pensée du temps cosmique portée la « nostalgie de la lumière », des croisements de temporalités qui opèrent dans la lecture de l’histoire et dans l’astrophysique, du messagisme. Cette étude du silence — et, par déviation, de l’archive — se veut aussi une étude sur le stigmate et la rémanence. Depuis les images d’archives, les rapports du Bureau d’Enquête et d’Analyse (BEA), des témoignages, des reconstitutions et mes propres prises de vue photographiques et vidéographiques se forme un ensemble qui questionne autant la hantise et l’insularité. Aujourd’hui, ce travail trouve une nouvelle actualité double : 1. Avec l’affaire de l’objet non-identifié proche de Bastia lors de l’été 2024 (selon le journal La Nazione, et les conclusions de l’institut géophysique de Toscane, qui a croisé ses données avec celles de l’INGV et de l’université de Florence: à 16h29, la station sismo-acoustique de l’île d’Elbe a enregistré un signal sonore d’une grande intensité au sud de l’île de Montecristo : selon les avis scientifiques, il pourrait s’agir de la désintégration d’un astéroïde après son entrée dans l’atmosphère) ; et 2. Du record d’énergie battu pour un neutrino, observé en Méditerranée, une « particule fantôme » de 220 péta-électronvolts (PeV), soit 220 milliards de millions d’électronvolts près de la Sicile, particules qualifiée comme des « messagers cosmiques spéciaux » (Rosa Coniglione).

Omphalos

WIP
Projet à venir 
L'omphalos désigne le nombril mais également un bétyle, une pierre sacrée située dans le temple d’Apollon à Delphes considérée comme le centre du monde.

De l’analogie avec l’omphalos, l’île se définit également comme un espace de rites par son lien avec l’élévation verticale montagneuse en son centre, un espace de seuil entre le sacré et le profane, un espace de la naissance et du passage des jeunes hommes [kouroï]. Le concept d’insularité, dans la poésie homérique, se définissait comme la conception d’un paysage harmonique total dans lequel puiser l’inspiration de la cité idéale, fondée sur les facteurs d’union empruntés aux rites initiatiques, à la forme du chœur et ses circambulations. Et toujours ce même mouvement granitulaire messianique. Ainsi prirent formes les prémices de la gouvernance, dans la différenciation entre l’archipel et l’île, dans la répartition et l'unification de la terre en cercles concentriques que l’on retrouve dans le bouclier d’Achille offert par Héphaïstos, et, proche de nous, que l'on retrouve dans la structuration de l'espace villageois corse décrit par Dumenicantone Geronimi : a casa, a piazza, u paese, u circulu, e cunfine. Dans cet espace circulaire support aux rites, dans ce cercle circulatoire, comment ne pas penser à l’aghja, l’aire de battage du blé quasi sacré où naît la farine et le chant ; et, pour rejoindre cette pierre centrale grecque, à son tribbiu ovoïdal élevé comme un nouvel omphalos. Signé puis élevé, il crée la matière depuis Son corps, il crée l'univers cosmique.


Ensemble de pièces,
installation

Présenté lors du diplôme de l’ENSP d’Arles - Mai 2025
Depuis 2021 
Chì tù fermi secca : ghjastema (anathème) qui provient de la légende d’A Spusata, et traite de ce double statut de l’image : entre fixité sentencielle et impossibilité de la transmission.

Depuis l’histoire de la carte postale et le principe de l’orazione (scapulaire) en Corse, ce projet interroge la circulation des visibilités dans l’île. Il a s’agit de mettre en lien la visibilité itinérante du territoire corse avec sa colonisation (sous gouvernance française depuis 1769) pour faire face à un dilemme photographique : est-ce que montrer un territoire, c’est déjà le coloniser ? Car contrôler l’image d’un territoire, contrôler ses visibilités, ses imaginaires, etc., cela suppose déjà de prendre contrôle du dit territoire. Chì tù fermi secca est construit autour de la mémoire contée du village de Granaccia, notamment de mes lignées (Casgiulati et Paddaghjolu) au sein de la famille Leandri. Cette étude se porte ainsi vers la question de l’archive et de ses intensités : à la fois dissimulation, gestation, poids, volume, empreinte et survivance — perceptions notamment héritées d’une culture chrétienne et latine de l’image occidentale. Et finalement, face au paysage, face à l’outil, face à l’image, chaque geste de latence devient geste de résistance : un besoin de renouer avec le récit. Le titre est une ghjastema (anathème) qui provient de la légende d’A Spusata (cf. Lucciole), et traite de ce double statut : entre fixité sentencielle et impossibilité de la transmission. Et alors, d’une résistance à l’image (coloniale) se pose la question d’une résistance par l’image (insulaire) : une reprise du contrôle par la circulation des récits, cette fois-ci, et de commun, systématiquement.


Photographies et installations
Depuis 2021
Le granite, matière première de l’architecture vernaculaire de l’Alta Rocca, est placé au centre de cette recherche, qui, par sa nature radioactive est un moyen d’interroger les flux de l’insularité.

Le projet Lucciole trouve son point de départ dans la légende d’A Spusata. Cette légende nous raconte l’histoire d’une fille miséreuse se mariant à un noble prince, pétrifiée par sa mère suite au “vol” du racloir à pétrin maternel pour sa dote ; pétrifcation qui signerait la fin de la transmission du récit et de la technique à travers le symbole de la préparation du pain devenu impossible. Ce mythe prétrificateur, très largement répandu dans l’imaginaire topographique corse avec de multiples variantes, expliquerait la formation rocheuse près de Vicu ou de Foce Bilzese : l’épouse et sa suite, venus récupérer le pétrin, devenus montagnes. Ainsi le granite, matériau principale de l’architecture vernaculaire de l’Alta Rocca, est placé au centre de cette recherche. Granite qui, par sa nature radioactive et toute à la fois friable, est également un moyen d’interroger les flux, touchant autant au récit et à la mémoire : au “souffle”. Le prétexte granitique permet de nous arrêter sur ces lieux et modes de vie — intérêt qui se prolonge dans les activités du collectif U SCODDU —, sur ces espaces de passages et de transmission, ces espaces de flux et d’arrêts, sur ces espaces sensibles ou devenus sensibles qui accueillent nos paroles, nos mémoires, nos imaginaires. Et ainsi est questionnée la modification à la fois de de l’architecture et de nos espaces urbains — illustrée par la disparition du granit dans notre construction vernaculaire — et à la fois les modifications de notre imaginaire commun à travers la modification du paysage.


Ensemble de pièces,
installation 
Depuis 2022
La dialectique du feu, entre embrasement et recommencement perpétuel, comme mode d’interrogation de l’image et de la violence politique.

Aujourd’hui, la lutte armée en Corse porte l'imaginaire d'une résistance nécessaire au nom de la gouvernance de l’île, créant un climat social sous tension permanente avec de nombreux évènements proches parfois de l’opposition militaire, parfois de la guerre civile, et dans lesquels tant de personnes issues de la société civile seront impliquées. Cet imaginaire sera réveillé récemment par les manifestations suitent à l’assassinat d’Yvan Colonna, qui mettront fin à la trêve entamée en 2014 par le FLNC. Suite à la victoire de 2015 de la coalition nationaliste, le bilan de ce passé sera fait, et à l’heure où de nombreuses voix témoignent, certains pointent la nécessité de son existence, mais aussi, des dérives qu’elle a pu entraîner. Ce regard critique émerge tandis que de nouvelles violences dites mafieuses en Corse — commencées à partir des années 1980 avec le rapatriement de membres de la French Connection et la création de nouvelles bandes dans l’île — vont jusqu’à dominer notre actualité. Cet état de crise, ce cotoiement quotidien de la violence, d’abord politique puis de droit commun, est déclencheur de cette recherche, qui s’actualise à travers le prisme du feu que porte directement le titre FOCU, littéralement le feu. Le feu étudié à la fois dans l’expression de la violence populaire et clandestine, dans la conception chrétienne et magique, et dans l’utilisation paysanne. Ce projet tente ainsi de questionner le territoire et les corps qui l’arpente dans la tension de violence permanente et l’omniprésence des croyances dans notre quotidien, même au sein des mouvements populaires : entre destruction et renouveau, entre guérison et purfication. Et ainsi le feu permet cette alternance entre notre actualité et l’histoire moderne, entre profane et sacré, entre révolution et domination. Une conscience qui se développe face aux images qui me parviennent : l’instantanéité de l’archive, la réminiscence et la rémanence.



PER CORPO RIBELLE LASCIAI IL MIO DIO OR PIANGI CUOR MIO LA TUA CECITÀ.