Chì tù fermi secca
Installation archipéliqueDepuis 2021
︎ 1. Piazza di a Ghjesgia è Taranchedda. — GRANACCIA. — Forcunceddu
︎ Orazione
︎ BAN
︎ Pala [Aprosôpon]
︎ Stanze
︎ L’imagines
︎ Babbu
︎ Paddaghjolu
︎ Tumëtta
︎ 01079G561010
︎ Lagramanti
︎ Defixio [Chì tù fermi stampata]
︎ Baroncia
Projet présenté de manière fragmentaire durant le diplôme de l'ENSP le 5 juin 2025 sous la coordination de Nicolas Giraud et Tadashi Ono, avec l'aide à la recherche de Fabien Vallos.
Jury de diplôme : Léa Bismuth (Pdte), Laurence Bonvin, Isabelle Le Minh, Jürgen Nefzger, Tadashi Ono (directeur de recherche). Vues du diplôme : Grégoire d'Ablon
Proposition plastique en lien avec le travail de recherche et création Chì tù fermi stampata, mémoire du grade de Master à l'ENSP sous la direction de Fabien Vallos.
︎ DIPLÔME ENSP 2025
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Depuis l’histoire de la carte postale en Corse jusqu'au principe de l’orazione pastorale (scapulaire de la Saint Antoine de Padoue), ce projet interroge l'exposition de l’île en lien avec les conceptions magico-religieuses qui la traversent. Chargé des problématiques contemporaine de l’image, il a s’agit de mettre en lien la visibilité du territoire avec la contestation de sa gouvernance : l'île est sous occupation française depuis 1769 après quinze années d’indépendance sous A Ripublica Corsa de Pasquale Paoli, et, depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, elle est sujette à une forte renaissance des mouvements séparatistes, et leur répression. Ce projet nous amène alors face à un dilemme iconographique : montrer un territoire, est-ce déjà le posséder ?
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Contrôler l’exposition, les visibilités, les constructions imaginaires, etc., cela suppose la prise de contrôle u territoire, amenant une véritable confrontation sur l'épreuve de sa monstration. Alors, à rebours d’une approche de la Corse liée principalement à son traitement touristique et médiatique focalisé sur la violence politique et de droit commun, Chì tù fermi secca se construit autour de la mémoire du village de Granaccia, un village sujet à l'exode rurale des années 1970. De ce village situé dans le Sartinesu, je m'attarde sur les récits autour de la famille Leandri, questionnant la construction la mémoire afin d'interroger le rapport à l'imagement dans l'île. Ainsi ce projet se construit en résistance à un imaginaire “ continental ” construit depuis la littérature du xviiie par celles.ceux de passage. Le projet propose un imaginaire résistance, un imaginaire cette fois-ci “ insulaire ” : un saisissement du territoire par celles.ceux qui l'habitent.
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Proche d'une étude ontologique de l'image, cette recherche interroge sa valeur intensificatoire en Corse depuis son héritage magico-religieux du proto-christiannisme au mazzerisme (chamanisme corse), ainsi que ses particularismes socio-historiques (spectacularisation politique). Cette recherche se charge particulièrement de la question de la latence, spécifiquement par la présence de l’archive dans l'espace artistique, interrogeant son geste et son support, utilisant à la fois dissimulation, gestation et empreinte. Ainsi ce projet se charge également d'une attention mémorielle de l'image héritée de la culture latino-chrétienne : l'image occidentale porte la charge de la volonté résurrectionnelle des corps par la préservation d'une puissance, d'une teneur portée par l'économie trinitaire (M.-J. MONDZAIN). Héritage qui trouvera particulièrement en la photographie une actualité par son statut acheiropoïètique, lançant l'image vers une nouvelle spectralité, une nouvelle latence, une nouvelle hantise (J.-B. CARROBOLANTE).
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Loin de s’arrêter à la photographie, ce projet se compose en archipélité où face au paysage, à l’outil, au visage, à l’icône, etc. chaque geste de latence devient geste de résistance, et chaque résistance un besoin de renouer avec le récit. Cette étude quasi-étymologique de l’imagement va tout autant vers des pratiques vernaculaires qu’intercesseuses afin de résoudre la problématique de l’exposition : comment la production d’image permet la production de résistances ? Alors loin d'une exposition du village de Granaccia, c’est la production d’une mémoire fermentée abritée du regard et de la lumière qui m’intéresse, une expérience du manque et de l’absence anticipée, une acceptation de la hantise.
- Ainsi ce projet porte une conception de l’art en tant que proposition d’expériences : la création d’espaces relationnels formant un commun, où l'écart inframince propose de nouvelles interstices pour loger le récit. Cette conception valorise la position de l’artiste conteur tout en posant la problématique de la marchandisation de ces expériences qui actualise l’angoisse benjaminienne de notre pauvreté moderne par la perte des dispositifs de circulations de ces expériences. Et d’une résistance à l’image se substitue une résistance par l’image dans l'espace artistique : une reprise du contrôle par la circulation des récits.
Le titre est une ghjastema (anathème) qui provient de la légende d’A Spusata (cf. Lucciole), et traite de ce double statut : entre fixité sentencielle et impossibilité de la transmission.

Tirages jet d’encre, format variable
“La mémoire fonde la chaîne de la tradition, qui transmet de génération en génération les événements passés. Elle est la muse du genre épique dans son acception la plus large. Elle embrasse tous les sous-genres de l’épopée. Parmi ceux-ci figure au premier rang l’art incarné par le conteur. C’est la mémoire qui tisse le filet que forment en définitive toutes les histoires. Car celles-ci se raccordent toutes entre elles, comme les grands conteurs, particulièrement les Orientaux, se sont toujours plus à le souligner. En chacun d’eux vit une Schéhérazade, pour qui chaque épisode d’une histoire en évoque tout aussitôt une autre. Nous rencontrons là la forme épique du souvenir, qui est le principe inspirateur du récit.”
Walter BENJAMIN, Le conteur. Réflexions sur l’œuvre de Nicolas
Leskov (1936), trad. M. de Gandillac, revue par P. Rusch, Œuvres, III,
Paris, Gallimard, 2000
“Le conteur est la figure sous laquelle le juste se rencontre lui-même.”
Walter BENJAMIN, Le conteur. Réflexions sur l’œuvre de Nicolas
Leskov (1936), trad. M. de Gandillac, revue par P. Rusch, Œuvres, III,
Paris, Gallimard, 2000
